Et vous, comment imaginez-vous votre ville ?



Comment rebâtir une cité ? Par où commencer ? Quels sont les priorités, les contraintes et les défis à relever ? Ces questions ont été débattues entre différents représentants de la commune de Saint-Marc dans un exercice de concertation organisé par le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe et facilité par la mairie, le Programme des Nations Unies pour le développement et ONU-Habitat.

 

Haïti/Saint-Marc, le 11 mai 2012 - Ce qui est sûr, c’est que les Saint-Marcois tiennent à leur ville et sont déterminés à en faire la ville de leur rêve. Depuis le mois de février 2011, un processus de concertation lancé par le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), sur invitation de la mairie, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement et d’ONU-Habitat vient reconnaître l’importance de l’implication de la population dans le processus de planification de leur propre ville. « Nous ne sommes pas habitués à discuter entre nous mais cet exercice nous a permis de nous réunir et ordonner nos points de vue. Plusieurs méthodes nous sont présentées telles que la gestion d’un débat, le respect de l’autre et du temps de parole égal. Les rencontres de ces dernières semaines ont réanimé la dynamique communautaire et sociale, permis de partager des réflexions et des expertises sur des thèmes spécifiques », explique Harold Errier, porte-parole du secteur "Société civile". « Ce forum a créé plus de solidarités au niveau local grâce à une meilleure compréhension des préoccupations et priorités de tout un chacun. Le plus important, c’est que ça a permis de créer un réseau, de connecter les gens les uns avec les autres.  D’habitude, tout est concentré à Port-au-Prince mais ce forum nous ouvre de nouvelles portes à travers la rencontre avec des professionnels ».

 

La planification stratégique des villes secondaires et de leur région a été lancée suite au premier exercice de planification dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (juillet 2010 – novembre 2011). Les ateliers de concertation ont rassemblé plus d’une centaine de participants de la Commune de Saint-Marc, réunis en quatre groupes de travail en mars et avril 2012. Ces séances de concertation publique sont organisées afin d’assurer la prise en compte des priorités de la population. Le processus est long et il n’est pas toujours facile de regrouper tout le monde autour d’une même table : « Notre travail est de mettre les gens ensemble. Notre rôle au PNUD est d’initier et d’accompagner mais le plus gros du travail est fait par les représentants des différents secteurs de la société, qui sont plus à même de gérer les échanges et les débats. Nous déléguons les responsabilités aux chefs de file qui maitrisent les différentes thématiques. C’est un des leurs qui leur parlent des questions qui les affectent directement », explique Josiane Rigaud, experte du PNUD en aménagement du territoire. « A travers la concertation, on observe une plus grande appropriation du processus de planification mais surtout une meilleure appropriation du territoire ».

 

Le travail de concertation se fait sur plusieurs étapes. La première est le repérage et les prises de contact. En général, elles incluent  des rencontres avec la mairie, la délégation départementale, les institutions et les autorités locales. Par la suite, ces derniers identifient les groupes représentatifs de la population qui sont invités à participer à une première réunion d’information. Les chefs de file de ces groupes sont identifiés lors de cette réunion et une vision est définie. La représentativité de la population n’est pas garantie dès le début du processus, mais elle est gagnée petit à petit. L’exemple de Saint-Marc montre que le groupe des paysans n’est toujours pas officiellement représenté mais comme l’explique Josiane Rigaud «  les personnes se greffent autour de ce processus itératif et adaptatif au fur et à mesure ». Par la suite, chaque groupe se réunit régulièrement afin de produire un document qui résume les défis majeurs mais aussi les opportunités disponibles tout en prenant soin de proposer des solutions. Une session de restitution est organisée pour mettre en commun l’ensemble des contributions et ouvrir le débat.

 

Décentralisation : les villes secondaires contribuent au développement durable d’Haïti
« Comme tout ce qui se vit, une ville peut s'atrophier, se gangréner, dépérir, suffoquer, mourir. Mais elle peut aussi se penser, se développer, s'épanouir, devenir une œuvre délibérée de l'homme pour l'homme ». C’est sur cette citation d’Albert Mangonès* que le secteur "Société civile" a commencé sa présentation lors de la session de restitution. Les suggestions pour la ville de demain n’ont pas manqué. Les chefs de file qui représentent les quartiers, les collectivités territoriales, la société civile et le secteur éducatif ont tour à tour présenté leur plan pour faire de Saint-Marc un grand pôle économique. Les présentations ont été suivies d’un exposé du bureau d’études IBI/DAA sur les travaux de planification de la commune de St-Marc.

 

Parmi les grands axes discutés au cours de l’atelier :

  • déplacer le port régional du centre-ville et dévier la circulation en aménageant une voie de contournement pour le transport des personnes et des marchandises afin d’éviter les encombrements de circulation en milieu urbain (axe PAP-Cap-Haitien) ;
  • valoriser le patrimoine par la promotion du tourisme ;
  • maitriser le milieu naturel par des activités de réductions des risques d’inondation ;
  • développer les capacités du port pour en faire une porte ouverte sur la Caraïbe (créer un parc industriel, améliorer les conditions d’accès au milieu rural, améliorer les services de base).

Les différents acteurs au niveau local et départemental ont manifesté leur engagement pour que leur « rêve devienne réalité ». La direction départementale du MPCE a assuré « son accompagnement et support pour que Saint-Marc devienne un pôle économique et social rayonnant ».

 

Cependant, des inquiétudes demeurent sur le sort du processus de planification et des longues heures de concertation : « Qu’en est-il de l’engagement de l’État central, s’inquiète Franck Paultre, ingénieur civil et entrepreneur saint-marcois. Beaucoup de rapports ont été produits dans le passé et sont restés sur les étagères. Nous voulons parler avec l’État, établir un dialogue direct et être écoutés».

 

Le but de la planification des villes secondaires et de leur région est d’inscrire l’action planifiée dans les actions du gouvernement : « les discussions permettront de réconcilier les priorités du court terme ressenties par les populations avec les grandes orientations à moyen et long terme du schéma de développement et d’aménagement de la commune de Saint-Marc. Une fois la planification terminée, l’objectif est d’intégrer les priorités identifiées par la population dans le Programme d’Investissements Publics», explique Josiane Rigaud.

 

Les débats se sont arrêtés là mais reprennent dans la cour, dans les quartiers et petit à petit constituent des apports au nouveau visage de Saint-Marc.

 

Ces ateliers sont au cœur du projet « Gouvernance Territoriale et Réforme Administrative » du PNUD, qui se base sur des exercices de consultation permettant aux Haïtiens de s’exprimer sur les décisions qui concernent leur cadre de vie. La planification stratégique alimente la préparation des 5 esquisses de schémas d’aménagement régionaux menés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, Saint-Marc, l’axe des Palmes (Gressier, Léogâne, Grand-Goâve et Petit-Goâve), Jacmel et Cap-Haïtien et des 18 esquisses de plans d’urbanisme. Cette approche introduit les bases de la démocratie participative locale  qui permettra aux communautés de mieux structurer leurs réflexions et revendications et par conséquent d’être mieux écoutés. Ce projet entre dans le cadre du Plan d’Action pour le Redressement et le Développement d’Haïti (PARDH) du gouvernement qui identifie Saint-Marc comme un pôle de développement prioritaire aux côtés de Cap-Haitien et Les Cayes.

 

* Albert Mangonès : peintre, sculpteur et architecte haïtien qui s’est dédié à la protection du patrimoine et de l’art haïtien.