Prévention séisme dans le Nord : pour la mémoire et pour l’avenir


De nombreux bâtiments n'ont pas été construits suivant les normes.

« Comment expliquer qu’il y ait eu 220 000 morts et autant de dégâts pour un séisme de 7,3 en Haïti alors que le Chili a été confronté à une magnitude de 8,8  et n’a compté « que » 525 morts et disparus  ? ». La réponse à cette question posée par un haut dignitaire du Gouvernement haïtien en 2010 a été simple : « Le Chili était préparé », avaient répondu  les experts du  Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) .

À retenir

  • 600 enseignants formés sur les techniques de prévention des séismes et de tsunamis.
  • Plus de 9 000 élèves sensibilisés et formés pour se protéger en cas de séisme et de tsunamis.
  • 12 ateliers de sensibilisation avec les autorités locales et les professionnels de la chaine de construction
  • 186 jeunes formés en secourisme
  • Mise en place de 4 comités de conseils pour la pérennisation des actions du projet
  • Etude micro zonage Cap Haïtien terminée

Cette réponse résume l’objectif du projet «Plan de prévention  des risques sismiques dans le grand Nord d’Haïti», mis en œuvre par le PNUD et financé  à travers le Fonds de Reconstruction d’Haïti (HRF). Le Nord d’Haïti a été ciblé compte tenu du risque de séismes majeurs, maintes fois rappelé par les experts sismologues nationaux et internationaux.

Près de 171 longues années se sont déjà écoulées depuis le puissant séisme de magnitude 8,1 provoqué par la faille sismique septentrionale d’Haïti, ayant détruit la moitié de la population de la ville du Cap-Haïtien (10 000 personnes). Haïti en entier semblait oublier ce malheur, jusqu’au jour où le séisme du 12 janvier 2010  frappait la capitale haïtienne faisant 220 000 morts et laissant plus de 1, 5 millions de personnes déplacées.

L’entretien de la mémoire : un devoir historique et moral

Originaire de Dondon, le père Bernard Antoine, Directeur du Collège Notre Dame du Cap,  reconnait que le phénomène de tremblement de terre est aujourd’hui une vraie préoccupation pour la population. En outre, il soutient que l’un des grands défis du système social et éducatif haïtien est d’entretenir la mémoire. La population a commencé à parler du puissant séisme de 1842 qu’après celui de 2010.

« Dondon, là d’où je viens,  des secousses se font sentir chaque année depuis mon plus jeune âge mais jamais aucune référence n’est faite à l’événement de 1842… J’ai fait une grande partie de mes études dans cette école (Collège Notre Dame du Cap) vieille de 110 ans, mais je n’ai jamais entendu parler de ce fait marquant de 1842», regrette-t-il.

Entretenir la mémoire est un devoir historique et moral pour ne pas répéter les malheurs du passé. Le père Bernard s’indigne sur l’éventualité que 12 janvier 2010 pourrait être oublié si la mémoire de cette catastrophe n’est pas entretenue par les institutions et les hommes et femmes de ce pays.

« La mémoire s’entretient et nous n’avons pas pu le faire correctement depuis des décennies…2010 peut être oublié comme 1842….la meilleure stratégie n’est autre que répéter, répéter répéter…. », insiste-t-il avec une conviction inspirante.

Avec l’appui de la Direction de la protection civile (DPC) et du PNUD, le collège Notre Dame du Cap mobilise la jeunesse dans des activités de sensibilisation sur les comportements à tenir (avant, pendant, après) dans l’éventualité d’un séisme. Le père Bernard comme beaucoup d’autres citoyens de la société civile du nord comprennent désormais qu’un séisme peut se produire à n’importe quel moment. « Un séisme c’est aujourd’hui ou demain, l’important c’est de se préparer », conseille-t-il.

 Protéger le Nord, les investissements et les vies

Le projet « Plan de prévention séisme dans le Nord » répond à la nécessité d’entretenir la mémoire et appuie le gouvernement à préparer la population. En plus des activités de sensibilisation et d’information auprès du grand public et des exercices de simulation, cette initiative du PNUD, forme les maçons et ingénieurs en génie parasismique, évalue les bâtiments pour ensuite les classer par rapport aux enjeux sociaux, politiques et engage la production d’études de micro-zonage sismiques de Port-de-Paix, Fort Liberté, Ouanaminthe, Cap Haïtien. Déjà ces études révèlent des faits étonnants et des  données remarquables sur  les types de sols, les formations géologiques ainsi que les dangers y relatifs, en termes d’effets de sites lithologiques et topographiques.

Selon le chef du projet, Kamina Ntenda, ces villes ont été choisies en fonction de l’analyse des risques, la densité de la population, l’existence de bâtiments à forts enjeux ainsi la valeur ajoutée étudiée.

Dans le cadre de ce projet d’une durée de trois ans,  l’expertise  internationale a été sollicitée en vue d’évaluer les bâtiments, appuyer la sensibilisation mais aussi  proposer des scénarios possibles ainsi que les stratégies pour y faire face. Tous ces experts sont  aussi  inquiets par rapport à l’imminence d’un séisme majeur dans le Nord et se réjouissent  que le PNUD  ait pris l’initiative de ce projet en appui au gouvernement. Les premiers résultats du micro-zonage du Cap Haïtien attestent  de l’existence de grands risques considérant la nature des sols, la qualité des bâtiments ainsi que le relief de la ville. Ces études seront remises au gouvernement au mois de décembre 2013 en vue de l’adoption de politiques publiques d’urbanisation et d’aménagement du territoire.

Depuis le lancement officiel du projet par L’Administrateur du PNUD Helen Clark et le Ministre de l’Intérieur en mars 2012, près de 200 jeunes volontaires ont été formés en secourisme, plus de 600 enseignants formés comme Maitres Formateurs sur les techniques de réduction de des  risques sismiques et protection en cas  de tsunamis. Le projet a aussi  sensibilisé et formé plus de 9 000 élèves sur les mesures préventives pour se protéger en cas de séisme et de tsunamis  et organisé  12 ateliers de sensibilisation pour les autorités locales et les professionnels de la chaine de construction dans les villes du Cap Haïtien, Port-de-Paix, Ouanaminthe et Fort-Liberté.

Le projet  appuiera, entre, la formation de 200 maçons, 30 ingénieurs, l’évaluation de 50% du bâti ainsi que le renforcement des bâtiments à forts enjeux (bâtiments publics, hôpitaux et écoles) dans ces trois départements forts de 2,5 millions personnes.

Séisme imminent : une menace commune pour Haiti et la République Dominicaine

Un séisme  sur la faille septentrionale sera fatal pour Haiti et la République dominicaine. A ce niveau, des rencontres devraient  être  organisées entre les deux parties de l’île afin de promouvoir le partage d’informations. De nombreux séismes dans le passé témoignent  que la menace par rapport à une catastrophe sismique est partagée.

En 1751,  les villes d'Azua et de Port-au-Prince sont détruites par un séisme de magnitude de 8,5. En 1842 un séisme ruine la quasi totalité de l'île d'Hispaniola. De nombreux immeubles s'effondrent à Santo Domingo. Le palais de Sans Souci et la Citadelle Laferrière ont été endommagés à Milot. Et la liste n’est pas exhaustive. Considérant cela, Il y a de ce fait nécessité que les gouvernements des deux républiques travaillent ensemble et se préparent devant l’imminence de cette catastrophe main dans la main.

Le PNUD aux cotés du peuple haïtien à travers son gouvernement

Le PNUD  continue à accompagner le Gouvernement haïtien dans le travail critique d’installations de systèmes de surveillance et d’alerte précoce hydrogéologique  et sismique ainsi que de structures fortes de coordination décentralisées au niveau départemental et communal qui permettra aux Haïtiennes et Haïtiens de mieux se préparer et répondre aux impacts des désastres, particulièrement devant l’imminence d’un fort séisme dans le Grand Nord.

Notre mission - Réduction des risques de désastres
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La gestion des risques de désastres est un axe prioritaire du PNUD en Haïti. Il repose sur des activités de mitigation des risques mais aussi sur la mise en place d’un Système national de gestion de risques de désastres.

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Photos : Prévention séisme dans le Nord
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • Le chef du projet, Kamina Ntenda
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien
  • L’église catholique de la ville du Cap- Haitien
  • Vue sur le centre ville du Cap-Haitien

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