• Mobiliser les communautés : une passion

    03 oct. 2013

    PNUD Haïti

    Journaliste de profession, technicien en élaboration, planification et Gestion de Projet et étudiant en anthropologie finissant en Anthropo-sociologie, Fredly Antenor est mobilisateur communautaire au sein du Projet 16/6  depuis 11 mois. Ecouter et parler aux gens constituent sa passion. Il  se réjouit de constater les changements positifs dans les quartiers récemment invivables tenant compte des séquelles du séisme du 12 janvier 2010.

    Le 16/6  en quelques mots ?

    16/6 est selon moi un mouvement de changement social. Il consiste en un Projet du gouvernement mis en œuvre sous l’impulsion du président Michel Martelly. Le projet concerne 16 quartiers et 6 camps prioritaires suite au séisme majeur du 12 janvier 2010. L’objectif est de relocaliser les gens déplacés qui vivaient sur les 6 camps prioritaires mais aussi assurer la réhabilitation des quartiers de retour afin que les conditions de vie de la population soient améliorées. Le projet 16/6 c’est un mouvement qui peut servir de modèle aux autres initiatives pour les autres organisations dans la mise en œuvre de projets. 16/6 dispose d’une base de données avec les diagnostiques réels des quartiers engagés par les plateformes communautaires qui regroupent tous les secteurs de la vie.

    En quoi consiste votre travail dans le cadre du projet ?

    Je suis affecté à l’équipe de coordination de terrain  dans le grand quartier de Canapé Vert. Mon travail consiste en la planification communautaire, planification et coordination d’activites ,programmes et projets  avec les partenaires, mobiliser, stimuler la communauté à y participer, recueillir les informations dans la communauté et identifier les défis à relever et proposer des solutions.

    De ce travail, les défis sont nombreux : la faible volonté des gens de s’impliquer ; les conflits de tous les jours ; faire accepter les leaders. Mais le plus important c’est de garder le dialogue. Quelque soit ce qui se dégage, il faut toujours être là pour écouter les gens et proposer des solutions.  Il n’y a pas de journée parfaite dans le cadre de mon travail. Le plus important c’est d’être toujours présent. Même quand vous n’êtes pas sur le terrain, il faut au moins avec un moyen pour être informé.

    Quelles sont les limites des responsabilités du mobilisateur ?

    La population ne voit pas vraiment de limites et n’en veut pas voir. Parce que quand une organisation intervient dans un quartier, les gens pensent qu’elle peut tout faire. Pour certains c’est comme un dieu tombé sur terre. Ils viennent vous raconter toutes sortes de choses. C’est à vous de pendre votre recul sans frustrer la population. Il faut faire comprendre les limites du projet tout en référant la population aux autorités locales compétentes tenant compte du fait en question.

    De quoi le PNUD s’occupe dans le cadre  du projet ?

    Le PNUD s’occupe de toute la coordination du projet 16/6. La gestion des plateformes communautaires, la médiation entre les partenaires, la décision des actions à mener relève de la responsabilité du PNUD.

    Décrivez-nous la journée typique du mobilisateur.

    Ma journée commence à la tombée de la nuit. Car quand je rentre le soir à la maison, je réfléchis déjà à tout ce qui m’attend pour demain. Très tôt, sur le chemin du travail, des sms me parviennent sur les évolutions dans les quartiers pour déjà me dire que ma présence est nécessaire.

    Arrivé au bureau, je dois me dire que je vais faire face à des défis et que je dois trouver des façons de gérer. Il faut développer de l’audace pour pouvoir gérer les conflits et faire la médiation avec mon équipe de terrain.

    Arrivé sur le terrain, la population vous donne des titres autres que ce que vous êtes. Elle nous appelle ingénieurs des fois. Je leur fais comprendre que je ne le suis pas mais ce n’est pas ce qui vraiment est important pour eux et c’est la réalité du travail de terrain en Haiti.

    Ce travail est une grande partie de ma vie. J’aime ce que je fais comme boulot. J’aime écouter les gens, mais aussi développer des messages qui invitent les gens au changement de comportement.

    En fin de compte, nous leur faisons comprendre que nous ne serons pas toujours là et qu’il va falloir qu’ils prennent en charge tôt ou tard le destin de leur communauté.

    Dans mes discussions avec les communautés, je leur fais comprendre qu’au delà du boulot pour lequel je suis payé d’accomplir, je suis prêt à discuter avec eux sur leurs projets personnels. Je suis haïtien et tout ce qui peut faire avancer une communauté vaut la peine, selon moi, d’être accompagné.

    Est-ce qu’il ya encore un sens de solidarité dans les quartiers ?

    Bien sûr, la solidarité existe encore et je crois qu’il y en aura toujours mais elle n’est pas parfaite. D’où l’importance de la mobilisation dans le cadre du projet 16/6 pour stimuler les gens à s’entraider et se mobiliser pour changer leurs quartiers. D’ailleurs, certaines fois, on s’étonne de constater que des gens ne faisant pas partie des plateformes s’engager pour stimuler les habitants des quartiers autour des actions à mener. Mais, cela ne peut être continu compte tenu que les gens réclament des fois une rémunération car la majorité ne travaille pas et n’a pas un revenu.

    Après 11  mois de mise en œuvre du 16/6, sentez-vous un changement réel ?

    16/6  propose des résultats concrets dans les quartiers. Mais le plus important à souligner c’est que les réalisations déclinent des priorités des communautés à travers un document de planification élaboré par la population elle-même de concert avec les agences partenaires qui les accompagnaient à cette époque. Ce document fait le diagnostique des quartiers et propose les actions prioritaires. Avec les moyens disponibles, 16/6 arrive à changer les conditions de vie de la population. La plus grande réalisation selon moi consiste en la production du « Plan de prévention des risques », ce qu’on appelle les PPR . Avec ce travail, tous les autres acteurs trouvent un travail de base qui facilitera un progrès continue.

    Comment décririez-vous les relations entre les plateformes communautaires et les autorités locales ?

    Les plateformes communautaires ont été validées par les autorités locales. La mairie et les bureaux du Casec reconnaissent les activités des plateformes, leurs statuts et les relations à développer dans la perspective du changement positif dans les communautés. La logique des plateformes communautaires est nouvelle en Haiti mais elle se révèle un outil pratique et c’est une formule qui marche. Les autorités en ont conscience.

    Quelle est l’importance de la mobilisation dans le projet de 16/6 ?

    La mobilisation tire toute son importance par le fait que l’implication de la communauté dans les réalisations prioritaires est nécessaire. Et c’est le rôle de la mobilisation de pouvoir organiser la communauté pour différentes activités : présenter un projet, poser un problème, recueillir les doléances et autres. La mobilisation vous permet de  garder  le contact avec la communauté. Sans la mobilisation, vous n’allez pas toucher les personnes qui en ont vraiment besoin. Si vous ne mobilisez pas la communauté, les gens ne vont pas respecter ce qui a été fait. Il faut demander à la population si elle souhaite faire tel projet car  La communauté peut refuser une action.

    Une situation dans laquelle la population vous invite à déroger à vos principes ?

    Nous savons être confrontés à des situations où des gens nous demandent de construire à moins  50 mettre au moins des ravins. Mais nous leur faisons comprendre qu’il nous est impossible de déroger à cette règle. Et dans la majorité des cas, les gens finissent par comprendre et cherchent un endroit correspondant aux exigences des lois nationales en vigueur.

    Votre meilleur souvenir dans le cadre du projet 16/6 ?

    Mon meilleur souvenir dans le cadre de ce projet est la réhabilitation de « TROU ROSEMOND ». Au début, les gens vivaient dans des conditions  difficiles. Les tonnes de déchets accablaient leurs conditions d’existence. Aujourd’hui la vie a repris là-bas et les jeunes y jouent et sont maintenant fiers de leur zone. Ces genres de réalisations m’encouragent à continuer dans mon travail consistant à donner espoir aux gens que je côtoie.  J’aime être un mobilisateur…Je souhaite même en faire une carrière. Ecoutez les gens et leur parler est une passion.


A propos de l'auteur
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Fredly Antenor

Mobilisateur Senior au sein du projet 16/6

Journaliste de profession,

Technicien en élaboration, planification et Gestion de Projet.

Interviewé par l’équipe de communication du PNUD Haïti.