• Un pas de plus vers une aide qui renforce

    15 déc. 2012

    Pays hautement dépendant de l’aide (plus de 70% du budget financé par l’aide externe en 2011-2012), Haïti peut difficilement planifier son développement sans avoir un minimum de connaissance et de contrôle sur ce « budget extérieur » fourni gracieusement par la communauté internationale. En effet, la transparence des financements extérieurs dans l’espace et dans le temps et l’assurance que ceux-ci ciblent les priorités nationales sont des prérequis pour que le Gouvernement puisse déterminer l’allocation optimale de ses ressources et ensuite évaluer leurs effets sur ses objectifs de développement.

    Pourtant, en Haïti comme dans beaucoup d’autres pays dits fragiles, l’assistance est fragmentée en de nombreux projets qui ne sont souvent ni cohérents entre eux, ni alignés sur les priorités et les stratégies nationales. L’aide humanitaire transite essentiellement par des organisations parallèles au Gouvernement et de plus, une fois la phase humanitaire terminée, de nombreux bailleurs continuent à utiliser ces systèmes parallèles de gestion de l’aide. Ce manque de contrôle durant les phases d’exécution se double d’un manque d’appropriation durant celles de préparation et de sélection. Les musiciens sont là, mais tout le monde ne joue pas la même partition.

    Ainsi, force est de constater, selon le dernier rapport de l’Envoyé spécial de l’ONU en Haïti, que seulement 10% des fonds de développement et des financements humanitaires décaissés entre 2010 et 2012 auraient transité par les systèmes nationaux ! Logiquement, ce contexte freine le  développement et le renforcement des capacités locales, seules portes de sortie vers une authentique souveraineté nationale encore illusoire plus de 200 ans après l’indépendance formelle de ce petit pays.

    Aussi, plutôt que de fragiliser, l’aide doit renforcer et autonomiser le gouvernement. C’est dans ce but que le PNUD Haïti appuie le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE). Le projet d’appui à l’efficacité de l’aide, immergé au sein du MPCE, vise à renforcer les capacités du Gouvernement à gérer et coordonner l’aide externe de façon plus efficace et transparente. Ce renforcement passe par l’élaboration de meilleurs outils, de meilleurs processus et de politiques au sein du  MPCE mais aussi des autres instances de l’État concernées par la gestion de l’aide.

    C’est dans cette optique qu’a été lancé le 26 novembre dernier par le Président Michel Martelly et les Nations Unies le nouveau Cadre de coordination de l’aide externe, le CAED. Elaboré par le MPCE avec l’appui du PNUD depuis la fin du mandat de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) installée dans le sillage du tremblement de terre de janvier 2010, le CAED aura pour objectif de rétablir des modes de fonctionnement et de partenariat inclusif sur lesquels l’aide externe pourra s’appuyer pour répondre aux priorités de développement économique et social d’Haïti.

    En effet, après la fin de la CIRH et plus de deux années d’assistance d’urgence humanitaire intense, il était devenu indispensable de réactiver, de réajuster et de ré-opérationnaliser, le cadre gouvernemental de responsabilités en matière de gestion de l’aide en Haïti. Le CAED permettra ainsi de mettre fin à l’incertitude planant sur les mécanismes de coordination de l’aide depuis l’expiration du mandat de la CIRH (octobre 2011). Capitalisant sur les leçons apprises - le Cadre de coopération intérimaire (CCI) en 2004, l’exécution de la stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (SNCRP) après 2007, puis le travail de la CIRH en 2010 - le CAED propose des mécanismes de concertation permanents et réguliers entre le Gouvernement haïtien et ses partenaires. Finalement, c’est grâce à ces mécanismes couplés de son Module de Gestion de l’Aide Externe (MGAE), base de données sur l’aide externe du MPCE dont l’opérationnalisation a également été appuyée par le PNUD, que le CAED entend bien redonner le leadership au Gouvernement d’Haïti dans la gestion des stratégies de développement du pays.

    Désormais, plus qu’un simple sigle parmi d’autres, le CAED représente la concrétisation de la volonté politique du Gouvernement haïtien de réaffirmer son leadership sur la gestion de l’aide externe dans le pays. La mise en place de ce cadre ouvre la voie maintenant à des actions concrètes accompagnées d’apports financiers limités mais avant tout de nouvelles compétences soigneusement canalisés et ciblés en vue d’une plus grande efficacité de l’aide en Haïti. Mutuellement responsables et solidaires des résultats obtenus, les partenaires du développement tous présents à la cérémonie de lancement du CAED, apparaissent résolus à aller de l’avant. C’est pourquoi, dans ce domaine, le PNUD continuera dans les années à venir à apporter son expertise et son appui, réaffirmés dans la récente signature avec le gouvernement de son dernier Plan d’action du programme de pays (CPAP) 2013-2016. L’autonomie et le développement réel et pérenne d’Haïti, ne se fera que par la compréhension et la répartition des activités des partenaires, qui dés à présent doivent jouer la même partition que lui dictera son chef d’orchestre : Le Gouvernement haïtien.

    Selon la définition donnée par le Comité d’Aide au Développement de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), « un État est fragile lorsque les instances étatiques n’ont pas la capacité et/ou la volonté politique d’assumer les fonctions essentielles requises pour faire reculer la pauvreté et promouvoir le développement, ni d’assurer la sécurité de la population et le respect des droits de l’homme ». “Principles for Good International Engagement in Fragile States and Situations”, OECD, Paris.


A propos de l'auteur
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Justine Delloye

 spécialiste de gestion de projet au sein du projet d’appui à l’efficacité de l’aide.

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