• Un pays sans protection sociale, un trapéziste sans filet

    21 sept. 2012

    Un pays sans protection sociale, c’est comme un trapéziste sans filet, la moindre chute est fatale. Métaphore peut-être simpliste pour insister sur l’importance de ces couvertures. De plus, les normes internationales du travail établies par l’Organisation internationale du travail (OIT) considèrent les systèmes de protection sociale comme « un droit fondamental », « un investissement indispensable » pour soutenir une croissance économique durable » et « jouant un rôle vital de stabilisateurs économiques ». Haïti est loin d’atteindre ces objectifs avec seulement 3% de la population totale couverte par un régime d’assurance sociale, représentant un écart énorme à combler et un véritable défi pour l’État et pour la nation haïtienne tout entière.

    Rappelons aussi que le taux net de scolarisation en Haïti est de seulement 76%, bien loin de l’objectif de l’accès universel.

    Ces rappels expliquent, en partie, pourquoi en Haïti l’exclusion sociale semble généralisée, dans le sens où la majeure partie de la population ne peut ni avoir accès à un emploi garantissant de manière stable un certain niveau de revenu, ni à ces droits fondamentaux que sont la protection sociale ou l’accès à l’éducation. Ainsi, le caractère informel d’une très large part de l’économie et de la société haïtienne se reflète sur l’économie sociale : le secteur coopératif est devenu un instrument de « débrouillardise collective ». Pour tous ces exclus, ceci constitue une violation d’un droit humain fondamental et rend plus difficile la lutte contre la pauvreté.

    Devant ce tableau, il serait toutefois injuste et inconvenant de ne pas entrevoir un futur plus prometteur. Alors oui, le chemin sera long et escarpé, mais tel est le défi du Gouvernement haïtien et de ses partenaires. Ils l’ont bien compris. La protection sociale doit être une stratégie de relèvement économique pour le pays. L’éducation doit devenir accessible pour tous. Dans un pays où seulement 10% des écoles sont publiques et non-payantes, face à l’essor des écoles religieuses, le discours peut paraître bien démagogique. Mais il n’empêche que le Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO ou « Lekol Timoun Yo »), vise à intégrer 1,5 millions d’enfants haïtiens entre 6 et 12 ans dans le système scolaire d’ici la fin du mandat du président Michel Joseph Martelly en 2016.

    Parlons même de faits : le projet « Ti Manman Cheri », mis en œuvre par le Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) sous l’égide du premier ministre et appuyé par le PNUD, est le premier programme de transfert conditionnel d’espèces visant les mères et familles dans les quartiers précaires.  Le PNUD fournit un appui technique en partageant avec les institutions nationales son expérience d'initiatives similaires dans d'autres pays et contribue à l'efficacité du programme.

    A terme,Ti Manman Cheri amoindrit la charge financière de l’éducation dans les familles et renforce le pouvoir d’achat des familles tout en stimulant l’éducation d’une jeunesse majoritaire. Cette initiative n’en est qu’à ses balbutiements, mais ne sont-ce pas ici les prémices de l’instauration d’une protection sociale généralisée, inclusive et facteur de développement ? Il se peut. Ti Manman Cheri, sous le nom de « Ti Maman Cheri urgence », a même su se diversifier en répondant de manière immédiate et ciblée aux besoins des populations victimes de la tempête Isaac à la fin août 2012.

    Des projets pilotes et friables diront les sceptiques! Il est évident que les prémices de programmes de protection sociale doivent être renforcées par une planification à long terme, une stratégie de longue haleine et une politique sans faille qui s’ancrent dans le cadre constitutionnel du pays. Toutefois, remarquons que les intentions sont là et les fondations sortent de terre.

    Ces programmes contiennent des instruments et des outils indispensables qui rendent la croissance plus favorable aux pauvres. Il est clair que la maîtrise de la pauvreté et de la vulnérabilité est une condition essentielle de l’instauration d’une croissance inclusive, une véritable croissance pro-pauvre. Dès lors, la protection sociale ne représente pas seulement un coût, c’est aussi un investissement dont le gouvernement et les Haïtiens ne peuvent se permettre de se dispenser. Le chemin sera long et escarpé mais ainsi sont les plus beaux et grands défis. Dès lors, le trapéziste tombera certainement de nouveau, mais désormais, il saura se relever. Ici est la prouesse…

     


A propos de l’auteur
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Yohann Desveaux, analyste de programme, unité de relèvement, moyens de subsistance et réduction de la pauvreté, Volontaire des Nations Unies affecté au PNUD.

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