Soutien aux personnes vivant avec le VIH via le micro crédit

Entretien avec PVVIH
L'accompagnement des personnes vivant avec le VIH est essentiel. Crédit Giacomo/PNUD

Le Gouvernement du Burkina Faso a fait de la riposte au VIH l’un des domaines prioritaires de la Stratégie de Croissance Accélérée pour le Développement Durable (SCADD). Le rapport ONUSIDA sur l’épidémie mondiale de sida 2012 estime la prévalence moyenne de l’infection à VIH dans la population adulte au Burkina Faso à 1,1%. Ce même rapport mentionne que le nombre de personnes vivant avec le VIH est estimé à 120.000 [100.000 – 150.000], dont 55.000 femmes. De nombreux efforts ont été consentis par les autorités gouvernementales avec l’appui de ses partenaires notamment communautaires engagés dans la lutte contre la pandémie.

Certains facteurs tels que, la pauvreté, les pesanteurs socioculturelles, ainsi que la faible prise en compte des questions des droits humains dans la mise en œuvre des programmes, contribuent à aggraver cette situation épidémiologique. Il est de ce fait nécessaire de réexaminer certaines stratégies d’intervention pour les adapter aux besoins réels de la population générale, mais surtout des groupes les plus vulnérables. Parmi toutes les stratégies visant à assurer une meilleure protection sociale aux personnes vivant avec le VIH, le développement des activités génératrices de revenus (AGR) apparait comme celle la plus utilisée. Ces activités sont perçues comme pouvant favoriser l’autonomisation financière des personnes vivant avec le VIH encore aptes à mener une activité, préserver leur accès aux soins tout en contribuant à leur équilibre psychologique via leur réinsertion socio-économique.

Le Programme d’Appui au Monde Associatif et Communautaire de lutte contre  le VIH/sida (PAMAC), un programme appuyé par le PNUD au Burkina Faso, a pris l’option de faire du microcrédit et du développement des activités génératrices de revenus l’une des stratégies principales de son paquet d’interventions au profit des personnes vivant avec le VIH. En plus de cinq ans de mise en œuvre de cette stratégie, la couverture géographique du programme s’est étendue à neuf (09) régions sur les treize (13) que compte le Burkina et quatorze (14) provinces. Entre 2008 et 2011, le programme de développement des activités génératrices de revenus via le microcrédit aura permis au PAMAC de faciliter l’accès au crédit à sept cent quatre-vingt trois (783) personnes vivant avec le VIH. Parmi ces bénéficiaires, 17% ont bénéficié de deux (02) cycles de crédit et 6% ceux ont eu accès à trois (03) cycles de crédit.

A retenir

  • Neuf (09) régions sur les treize (13) que compte le Burkina et quatorze (14) provinces couvertes par les interventions.
  • Des conventions de partenariat signées avec trois (3) Institutions de Système Financier Décentralisé (SFD).
  • 783 personnes vivant avec le VIH sous traitement ARV ont pu bénéficier de microcrédits pour la mise en place ou le développement d’AGR.
  • 1023 personnes ont bénéficié de formations techniques de gestion marketing, comptables, financières et administratives des AGR.
  • Le volume total de crédit octroyé estimé à 80.000.000 FCFA, avec un taux de remboursement brut de 98%.

Les résultats d’une étude menée par le Centre Régional du PNUD à Dakar et le bureau du PNUD au Burkina Faso visant à explorer les possibilités de mise à l'échelle de l’initiative de soutien aux personnes vivant avec le VIH via les activités génératrices de revenus, notent une forte motivation et engagement des personnes vivant avec le VIH bénéficiaires, ainsi qu’une grande implication des associations de prise en charge communautaire. Le développement d’une approche de proximité avec la mobilisation des intermédiaires communautaires d’appui-conseil en AGR  pour l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH bénéficiaires a été considéré  comme étant l’un des facteurs les plus importants, ayant influencé de manière positive la mise en œuvre de l’intervention et les succès enregistrés.

Plusieurs témoignages recueillis auprès des bénéficiaires et des professionnels de la microfinance  permettent de dire que le programme de développement des activités génératrices de revenus via le microcrédit a été bénéfique pour les personnes vivant avec le VIH. Les bénéfices produits par ces activités sont principalement utilisés pour acquérir des biens et équipements, assurer la scolarisation des enfants, et contribuer au fonctionnement quotidien des ménages par la couverture, entre autres, des dépenses de santé, d’alimentation et autres...

Sur le plan de l’autonomisation et de la réduction de la dépendance, l’intervention a aidé la plupart des bénéficiaires à passer de la pauvreté à une certaine indépendance financière, leur donnant une certaine sécurité. Avec un peu plus de moyens, certains bénéficiaires ont même vu leur statut social s’améliorer au sein de la communauté. Une bénéficiaire mentionne que « nous éprouvons vraiment une grande satisfaction car nous arrivons à subvenir à nos besoins à travers nos activités sans avoir à demander l’aide de quelqu’un. En ce sens, cela nous motive encore plus à nous battre … ».

La vie de certains d’entre eux a complètement changé. La solitude, l’isolement, le manque de considération et le sentiment d’humiliation ressentis de devoir dépendre des autres pour subsister ont cédé la place à un épanouissement en lien avec l’autonomisation financière du fait des activités génératrices de revenus, et avec l’inclusion sociale qui en découle. De nombreuses personnes vivant avec le VIH ont évoqué le fait que la pratique de l’AGR et l’amélioration des revenus qui en résulte sont des facteurs de valorisation et de repositionnement social. Elles ont plus de considération sociale, et certaines ont même retrouvé une place de choix au sein de leurs familles. Une bénéficiaire mentionne que « Comme nous sommes dans la communauté souvent il y a des problèmes en famille,.. ; il faut participer (mariages, funérailles), on arrive maintenant à participer comme les autres »

Une plus grande confiance en soi, une meilleure estime de soi et une plus grande estime des autres, sont également des effets ressentis par les bénéficiaires des AGR, et que l’on peut attribuer au programme.

En outre, la stratégie développée pour la mise en œuvre du programme AGR a permis aussi de réduire le niveau de marginalisation des personnes vivant avec le VIH au niveau des institutions du système de financement décentralisé. En effet, le partenariat entre les institutions de microfinance et les acteurs de la riposte au sida a permis l’inclusion des personnes vivant avec le VIH dans les bénéficiaires de ces institutions. A ce propos, un responsable d’une institution de micro finance de la région du Centre a déclaré : « Je dirais que se sont des partenariats assez innovants parce qu’il n’était pas très évident pour nous de travailler avec cette cible [PVVIH]. Ces partenariats ont provoqué un processus de changement de comportement chez les agents, même s’il y a toujours des résistances, des réticences par endroit».

Les résultats de l’étude permettent donc de conforter le PAMAC et ses partenaires techniques à envisager une mise à l’échelle de l’initiative d’appui aux personnes vivant avec le VIH via le microcrédit et le développement d’activités génératrices de revenus, par le biais d’une approche d’expansion géographique et également une approche d’intensification. Cela pourrait contribuer à renforcer la résilience des populations confrontées à l’épidémie de sida.